Le froid des petits matins parisiens.... Fin de l'été, début de l'automne... Dès la sortie de la maison, la fraîcheur vous mord avec douceur. J'ouvre la bouche et souffle : une légère fumée s'échappe, les premiers signes de l'hiver. La lumière est magnifique, je lève les yeux : sa couleur orangée ressemble à un coucher de soleil ce matin, à travers les feuilles des arbres de l'automne.
Ce ne sont pas encore les grands froids de Décembre, il fait encore jour quand on ouvre les volets. Mais on sait que le temps est compté. Il faut profiter, profiter de ses derniers rendez vous avec le soleil avant la longue nuit de l'hiver. Se dépêcher aussi. Vite, vite, le bus va partir. Je trotte en descendant la rue, croise l'odeur d'une boulangerie, délice suprême pour moi qui vit si loin de ce bon pain chaud du matin, qui craque sous la dent et fond sur la langue. Mais pas le temps de rêver, je croise les enfants et les parents qui suivent derrière, qui amène qui à l'école? Avec leurs lourds cartables qui dépassent de chaque côté de leurs épaules, les petits ont l'air décidés et sérieux, ils trottinent, tout comme moi. Je me revois petite. Une énorme bouffée d'enfance me remonte à la figure. Je revois ma mère, douce et belle, nous habiller, avant de partir à l'école. Les sous pulls qui piquent, les chaussures vernis qui font mal aux pieds. Et ma grande soeur, elle a des cheveux noirs si longs et fins, je suis jalouse de sa beauté.
Le chemin de l'école, tout comme ce matin de Septembre à Paris... La nostalgie me saisit... Je ramasse un marron, il brille, il est magnifique, je pense : il n'y a pas de marrons où je vis maintenant... je me souviens des bogues et de leurs épines, sur le chemin de l'école... Dans le bus, je souris à ces moments si précieux, qui sont perdus à tout jamais, je les chéris en secret... Le hasard fait que je travaille dans la même ville où j'ai passé une grande partie de mon enfance, Boulogne. Le matin, le rond point Rhin et Danube est exactement le même que celui qui est gravé dans ma mémoire d'enfant. Retrouver cet endroit, respirer la nostalgie... Pour ces moments merveilleux et inattendus, j'aime rentrer à Paris. Ce lieu est pour moi comme une maison d'autrefois, un endroit que l'on aime quitter mais où il est si doux de revenir .