mercredi 8 septembre 2010

My burn


D'abord il y a le choc du désert... Au bout d'une route sans horizon, une étendue, nue, seule, aride. Rien. RIEN. Comme si on voyait la mer pour la première fois. Le coucher du soleil sur cette espace, avec "Dark side of the moon" en fond sonore. Premier choc. Minimal. Fort. Mystique.
Puis les lumières apparaissent, au milieu de la tempête de sable. Une ville. Construite au milieu du désert. Black Rock City. Comment? Pourquoi?
Respect.
Incompréhension.
Difficile de décrire.
Tentative de connection avec Nathan, lui Walkie, nous Talkie. Pas de téléphone dans le désert, pas d'internet. Plus de lien avec l'extérieur. La vue de nos amis, dans ce lieu, leur première étreinte, plus appuyée que d'habitude. On est tous là et on s'est retrouvé. On est tous à Burning Man. Comme on en avait rêvé il y a un mois.
Première sortie, dans la nuit noire, premier contact avec cette ville inventée par des utopistes. Difficile pour moi. Trop de lumière, trop de monde, trop de folie. Le "Thunder Dome", sorti de Mad Max et cette fille vêtue de cuir qui actionne une scie sauteuse et l'approche de son ventre, étincelles sur le métal, odeur de souffre, de mort. Tom grimpe en haut de la structure. J'ai peur qu'il tombe. Je me retourne, je ne vois plus Nathan. Moment de panique. Et si on se perdait ?
Les voitures les plus folles, en forme d'insectes, de poissons, de bateau, filent dans la nuit et éclairent cette étendue immense. Puis une patinoire, une musique disco et se lancer dans la foule, vêtue des costumes les plus extravagants. Dans le désert... au milieu de nulle part... Faire du patin à roulettes. Je m'assois par terre au bord de la piste . Je suis fatiguée. La première nuit sous la tente, avec la musique qui bat comme un coeur, fort, je suis perdue, je frissonne. J'apprendrai à aimer la nuit à Black Rock City. Plus tard.
Le jour, tout est différent. La ville se réveille, au ralenti. Les rues baptisées par les aiguilles du cadran s'animent. Préparation : lunettes de moto, foulard pour affronter la poussière. Nora me met des dreadlocks violette et rouge dans les cheveux. Je vis ça comme un rite de passage. Me voilà citoyenne de Black Rock City. Vélo pour parcourir la ville de plusieurs kilomètres de circonférence, elle ressemble à un demi cercle. S'orienter, retrouver le campement, réapprendre à se déplacer, les sens en prennent un coup. 50 000 personnes y ont élu résidence temporaire. Au centre de ce cercle, l'homme, qui sera brûlé au bout d'une semaine. Symbolique? A chacun d'y voir ce qu'il veut. C'est le principe de Burning Man.
Je m'amuse. Je mets des ailes d'ange, je customise mon vélo avec de la fourrure, je me fais peindre le corps. Passer la journée sans avoir aucun but précis ne me perturbe pas plus que ça.
Le climat est hostile. Chacun est responsable de sa survie. Penser à tout. L'eau. La crème solaire. Dans le désert, pas de buvette, pas de médecin. Chacun pour sa gueule. Je m'attendais à retrouver la politesse, le monde policé de l'Amérique. Comme j'avais tort. Ici les gens jurent, s'invectivent, s'engueulent. Sont eux mêmes. Et c'est bien. Pas de jugement. Me promener nue dans une foule, sans que personne ne me regarde. Expérience unique, extrêmement libératrice.
Je ne pourrai jamais oublier Burning man. Je le sais maintenant. Il est comme un brûlure sur ma peau. J'ai pensé à ceux qui vivait vraiment dans le désert. Au début ça m'a révolté. Comment on peut en faire une foire, mimer, puis revenir à notre vie opulente. Puis j'ai réfléchi encore. Pas avec ma tête, mais mon corps. Mon corps n'a presque rien réclamé pendant 5 jours. Très peu d'aliments. Un filet d'eau pour se laver. Beaucoup d'eau à boire. Un change entre la journée et le soir. Le plus basique. On le sait mais on a peu d'occasion de l'expérimenter : la société nous fait surconsommer, créer des choses inutiles par le travail, oublier nos besoins les plus essentiels : faire attention à sa propre survie et santé (mentale, physique), chérir les êtres qui nous sont les plus proches, s'amuser, vivre... VIVRE.