Sur la route vers Hana, je me suis assise sur un rocher de lave pour regarder la mer bleue azur s'écraser sur le noir profond de la côte. Je suis submergée par la beauté de cette scène. Je saisis mon appareil photo mais je sais que je n'arriverai jamais à capturer ce moment. Je me dis qu'il y a des choses qui ne peuvent pas être mises en boîte. Et que c'est tant mieux.
Je suis à Hawaï depuis une semaine. C'est mon deuxième séjour dans ce lieu magique. Tout ce que l'on peut s'imaginer à l'évocation de cette île, la mer, la végétation, les fleurs, les arômes, tout est vrai... mais puissance 1000, 10 000 même. Inimaginable. Hawaï vous met une claque. Contrairement aux paysages doux de la méditerranée, où l'eau est aussi transparente, le sable aussi fin, Hawaï ne vous cueille pas en douceur mais vous submerge, vous envoûte, vous dépasse. Il faut la mériter. La végétation est une jungle, les insectes sont féroces, les couleurs plus intenses. Je suis en admiration devant le mélange de cette terre primaire, de la lave qui surgit, qui dégueule de la terre et détruit tout sur son passage et de cette mer aux accents de bleu infini. L'homme est accessoire. Il n'est pas le bienvenu. Il est juste toléré. La route vers Hana de Paia cet après midi a été une révélation. Le terrain escarpé, la végétation folle, des lianes qui s'enchevêtrent sur mon passage, la force des chutes d'eaux, on admire, on se tait, on redevient humble, à notre juste place. Le respect pour la terre, la fierté des Hawaïens, les croyances païennes dans la déesse du volcan ou de la lune. Quelle noblesse !
L'endroit où je réside est à cette image. Piero, mon ami peintre italien, a construit une villa sans murs dans la jungle, où tout est calme, luxe et volupté. Mais il y a un prix. Je porte avec lui les branches lourdes et coupantes des palmiers pour dégager le chemin, et le soir, nous usons de ruses pour cacher la nourriture aux animaux et insectes de la nuit. Nous sommes chez eux. Je rejoins ma chambre accrochée dans les arbres, fatiguée. Pas d'électricité, j'allume la bougie, j'écoute le vent, et j'entends tout près un cheval qui s'ébroue. Instant magnifique. Je me demande : que restera-t-il de ces instants dans plusieurs années? Je mesure ma chance, je ressens le bonheur et je tente de le garder en moi, le plus longtemps possible.