jeudi 14 janvier 2010

Lost in translation


Mon anglais est loin d'être parfait, mais avant de venir vivre aux Etats Unis, j'étais persuadée qu'il avait au moins atteind le niveau supérieur dont peut se targuer toute personne qui a un peu roulé sa bosse aux States. Sans compter que j'ai quand même une maîtrise d'anglais et un DESS journalisme bilingue, non mais ! Mais, nada, nope... J'en apprend encore tous les jours. Il y a même desfois où je me dis, c'est pas possible mon anglais suce ! ("sucks" pour la traduction littérale)...
Le pire c'est le soir, quand mon cerveau est déjà bien fatigué, que je suis dans un bar, que j'ai bu un petit coup, que tout le monde parle en même temps et que la musique est forte. Là, comment vous dire, c'est un grand moment de solitude, je baisse les yeux, je regarde mon verre, et je me dis, mon anglais suce définitivement !
Le pire dans ces moments là, c'est quand quelqu'un me regarde avec un grand sourire, me dit "do you like to scrzhglzedehoehbcj ?" et trop fatiguée de faire répéter, je dis yes! avec le même grand sourire... et là, la personne me regarde bizarremment, et je me dis, et merde, soit je suis passée pour une fille facile (et les françaises ont une bonne réputation qui les précède, pas la peine d'en rajouter!), soit je me dis que je viens d'accepter de passer le week end à faire du saut à l'élastique, ce qui n'est pas mieux... En tout cas, le type est déjà parti, l'air gêné, donc je suppose que je ne saurais jamais...
Le plus difficile en réalité, c'est au téléphone. Pour mon boulot, je passe en moyenne une cinquantaine de coups de fil par jour, et les premières minutes se passent bien en général... Les américains sont des gens assez coincés et froids de prime abord, donc ils commencent à peu près toujours la conversation en posant des questions très basiques, mais c'est ensuite que ça se corse. Pour expliquer que je bosse ici en freelance pour des boîtes de prod privés à Paris qui vendent des reportages pour la télévision publique Française, desfois, ça peut être challengeant ("challenging" pour la traduction littérale). Quand on commence à me demander le taux de pénétration moyen en terme de CSP+ de la chaîne, là en général, je fais tomber le masque et j'explique qu'étant française, mon anglais est loin d'être parfait (et en plus j'ai pas les chiffres!), et après quelques "Could you repeat please?", en général, on passe à autre chose.
Le pire, c'est quand on dit un mot, qu'on sait que c'est le bon mot mais qu'on a pas mis l'accent où il faut ou qu'on prononce mal et que le type s'exclame au bout de 10 mn, "oh yeah, Gough and Geary!", ben oui, goffe et jerry, c'est bien ce que je dis! Ca peut être frustrant!
Bon, je vous avoue, y'a quand même des avantages... L'accent français, ça ferait fondre n'importe quel iceberg masculin américain. Il m'arrive souvent d'arriver dans un endroit, de faire les plus gros efforts du monde pour parler avec l'accent américain, et que soudain quelqu'un me dise "vous avez un petit accent, ça vient d'ou?" "De France" , et là je sens que le type me regarde différemment... la conversation se poursuit... avec les yeux...